Sur les murs de la salle du Conseil Municipal de Nuits-St-Georges sont inscrits, en gros caractères, la liste des maires ainsi qu'un "Historique" détaillant les principaux évènements liés à l'histoire de la ville depuis les origines. En voici un extrait :

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La crise du phylloxera de 1881, qui ruina tous les vignerons, est rappelée, mais l'on s'aperçoit que la guerre de 1870 n'est pas mentionnée! N'aurait-elle pas, en quelque sorte, existé dans ce coin de province? Or, les combats y furent particulièrement violents durant 3 jours, en décembre 1870. (L'on a laissé en l'état, l'impact d'un violent coup de crosse dans un panneau de la salle). L'Historique signale, en fin de chronologie, la réfection de l'Hôtel de Ville ... endommagé,mais sans qu'un étranger n'en sache la raison. Les bombardements affectent en effet gravement toute la ville, les habitations sont presque toutes visitées et pillées, les toitures éventrées. Mais pourquoi ce silence autour de cet évènement majeur? L'on peut supposer que les édiles en réunion n'auraient pas supporté de voir en permanence inscrit sur le mur le souvenir de cette calamiteuse défaite. L'issue de cette guerre qui nous avait amputé de l'Alsace-Lorraine, ne pouvait cependant laisser aucun doute : soldats en infériorité numérique notoire, mal équipés, mal entraînés, mal dirigés (1). Napoléon III, très réticent et lucide, avait cédé aux bellicistes et en particulier aux instances de sa femme, l'Impératrice Eugénie. Pourquoi en effet passer sous silence l'évènement, ne serait-ce que local : la commune ne comptait que 3500 habitants environ à l'époque et il y eu plus de 1000 blessés en 3 jours de combats sur le sol nuiton. Le peintre Théodore Lévigne (2), au patronyme évocateur du terroir, a signé un grand tableau, pièce maîtresse du Musée de la ville, offrant une large fresque de l'épisode majeur des combats qui se déroulèrent le long de la tranchée du chemin de fer. La température était descendue à -12°. Dans les vignes, l'on ramassait les morts figés par le froid, et les blessés étaient emmenés dans la ville pour recevoir les premiers soins, sans distinction, tant Prussiens que Français : les actes humanitaires se mêlaient ainsi aux actes de bravoure. L'ennemi ayant pris 12 otages acheminés à pied et sans nourriture jusqu'à Dijon, le commandant allemand, en apprenant le comportement exemplaire des habitants, les fit libérer sur le champ. Il y avait encore quelque humanité dans la barbarie de la guerre... Cette lacune volontaire de l'Historique de la salle du Conseil résulte d'un déni collectif d'une réalité encore trop douloureuse plusieurs années plus tard. Les édiles de l'époque, sans en avoir conscience, faillirent au "devoir de mémoire", concept récent, en occultant le souvenir des sacrifices des leurs dans un combat digne mais perdu d'avance.Les Nuitons n'avaient guère pourtant à rougir de leur comportement : le commandant allemand s'était même exclamé : "Ce n'est pas la Côte d'Or mais la Côte de fer!"

Notes: 1- Au début du conflit, 265.000 soldats du côté français contre 500.000 Prussiens auxquels s'ajoutent les forces des États allemands du sud, soit au total 800.000 soldats. De plus, la cavalerie française supérieure à celle des Prussiens, ne pouvait rien contre l'artillerie adverse (nos canons, non seulement en nombre moindre, se chargeaient encore par la bouche)

2- Peintre connu notamment pour le célèbre tableau aux dimensions impressionnantes : "La charge de Reichshoffen" (1871).