Je ne décolère pas ! Il est certains jours où monte en vous une bouffée de misanthropie. Aime ton prochaine comme toi-même : facile à dire ! Quand l’on constate, comme aujourd’hui, le comportement majoritaire d’autrui, stupide et irresponsable, l’on ne manque pas d’arguments, dans notre attitude dépourvue d’humanisme. J’évoque à ce propos la psychose qui a sidéré l’opinion publique internationale. Même la Russie, par la voix officielle et au grand dam de l’Union Européenne, a instauré un boycott des fruits et légumes supposés être le vecteur de la bactérie tueuse Escherichia coli.

Dans le panier de la ménagère, vous cherchez en vain le concombre et les tomates. Les médias, par un effet amplificateur désastreux, ont semé le doute au détriment du simple bon sens. Pourquoi les spécialistes ne sont-ils pas montés au créneau pour mettre en évidence le non fondé de cette crainte, entraînant de ce fait le désarroi et la ruine de producteurs déjà affectés par la sécheresse persistante.

Voici deux constats que chacun est pourtant à même de faire s’il prend la peine de réfléchir un peu …

1 – Depuis le début de cette "épidémie", sans exceptions, tous les malades ont séjourné en Allemagne : le foyer est donc dans ce pays, ce qui en exonère les autres.

2 – Comment peut-on imaginer que la bactérie incriminée puisse "faire du tourisme" sur une peau lisse de concombre ou de tomate, sachant, qui plus est, que ces légumes sont cultivés le plus souvent, en serres et donc non susceptibles d’être contaminés par les déjections animales et le lisier. Quitte à manger cru un concombre non lavé, je craindrais davantage quelques traces de produits chimiques indésirables plutôt que la présence de cette bactérie tant redoutée. Tant pis si je joue les Cassandre : cette alerte pourrait être annonciatrice d’autres épidémies favorisées par la dégradation de notre flore intestinale provoquée par une alimentation déséquilibrée et artificielle (1). Si toutefois cette bactérie circule, peut-être pourrait-elle, à la rigueur se nicher... au cœur d’une salade. Malheureusement, comme au Moyen-Âge, mais sans l’excuse d’un manque d’informations, l’on assiste à une réaction primitive de masse dont l’effet est aussi délétère en terme d’impact, que celui de cette bactérie tueuse … d’emplois.

Les maraîchers auront tout le loisir de méditer sur la fable de La Fontaine intitulée "L’Ours et l’amateur de jardins" dont la conclusion peut s’appliquer au consommateur : "Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ; mieux vaudrait un sage ennemi".

                                                                    M.M.

(1) : "Il y a dans notre intestin dix fois plus de bactéries que nous n’avons de cellules. Chaque être humain porte un million de milliards de bactéries en lui "!