L'étymologie et les familles de mots permettent de mieux connaître la langue. Les études dites classiques avaient par ce biais, vocation à la maîtrise de l'expression et l'exploitation de toutes ses richesses. Hélas, à présent, la dégradation de l'orthographe, le style télégraphique, témoignent à la fois d'une inculture et de l'indigence de l'expression. Le billet et le vers galant ont été remplacés par le foisonnement superficiel, certes pratique mais abusif des SMS et autres MMS.

Sans aller jusqu'à justifier le maintien des anomalies orthographiques les plus flagrantes, l'orthographe ne peut s'accommoder d'une écriture phonétique. Toucher à l'orthographe d'un mot, c'est en quelque sorte le défigurer, le couper de ses racines. Il devient simple vecteur d'une pensée appauvrie.

Quand bien même on respecterait l'orthographe, encore faudrait-il disposer d'un vocabulaire suffisant. Je ne suis pas sûr du bien-fondé des propos de Boileau car une pensée claire ne suffit pas ("Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément"). Abel Hermant soutient à juste titre que "la première vertu d'un écrivain est la propriété du vocabulaire". La traduction par Baudelaire des œuvres d'Edgar Poe, en offre un exemple remarquable, témoignant d'une sensibilité et d'une connaissance subtile de notre langue.

L'étude de l'étymologie offre souvent des surprises, expliquant, à partir d'un concept d'origine, le cheminement collectif de la pensée à travers les générations, reflétant le changement des mœurs, des sensibilités, des connaissances, et plus généralement accompagnant celui des idées. Bien des mots, souvent empruntés ou réempruntés, ne gardent qu'une ressemblance de façade avec leur sens premier. On les dit alors non motivés. Voici 2 définitions de ce terme, employé en linguistique, qui ont au moins le mérite d'être explicites :

- motivé : "dont le rapport avec son radical est perçu (par ex ., pommier par rapport à pomme) s'oppose à non motivé, à démotivé (morceau est démotivé par rapport à son origine, mordre), D'après le "Dictionnaire Historique de la Langue Française".

- démotivé se dit d'un mot complexe (dérivé, composé), qui n'a plus de motivation (dont les éléments et leur sens ne sont plus perçus: ex. courage, de cœur). D'après le "Petit Robert".

Les pertes de la motivation étymologique résultent de plusieurs facteurs, notamment par désuétude et oubli du sens étymologique (le mot mercredi n'est plus interprété comme le "jour de Mercure"; alarme pour "aux armes"; gendarme pour "gens d'armes") ou par évolution sémantique divergente : le mot dérivé part en quelque sorte à la dérive, rompant tout lien avec l'étymon (celui qui arrive n'est pas celui qui atteint la rive, quoique que l'on puisse y débarquer ... ; le rapport de secrétaire et de secret a tout à fait disparu).

Si le vocabulaire a tendance à la démotivation, l'on peut trouver des cas de remotivation par besoin de combler les lacunes du lexique. La reprise d'un sens littéral peut redonner vie à une acception. Ainsi une icône est une peinture religieuse orthodoxe. Le mot icone, en perdant son accent circonflexe et en changeant de genre, désigne à présent un symbole graphique affiché sur un écran d'ordinateur.

Pour ma part, voici une remotivation humoristique inédite : celle de la famille de enfant. En latin, ce mot signifie "celui qui ne parle pas (encore)". Or, parmi les membres de cette famille l'on relève fantassin (et infanterie). Quel rapport me direz-vous, sauf une relation d'ordre phonétique? Il s'avère étymologiquement que le fantassin est "celui qui ne parle pas" même s'il le voulait : un soldat doit obéir et se taire. De plus, sous l'uniforme, il se trouve infantilisé. Un autre mot de la même famille, fantoche, emprunté à l'italien, signifie "marionnette", personnage qu'on anime en tirant les ficelles. Ainsi, bien des mots recèlent des sens inattendus et cachés qui leur confèrent richesse et saveur.

                                                              M.M.