Lilium martagon

Cette Liliacée, qualifiée de martagon, a un bulbe formé de nombreuses écailles jaune d'or, étroites et charnues. Les alchimistes lui attribuaient de ce fait des vertus magiques. Au Moyen-Âge, les chevaliers  considéraient ce bulbe comme un talisman : placé contre la poitrine, il  était sensé dévier les coups d'épée (le qualificatif martagon viendrait de  Mars, dieu de la guerre et plus primitivement de la végétation, la reprise des hostilités débutant avec le printemps). Plus modestement, on l'a porté en collier comme porte-bonheur.
Cette plante me semble l'une des plus belles de nos contrées à l'égal du Sabot de Vénus et de la Pivoine coralline. Ces lis prospèrent dans notre jardin à l'ombre de la maison, côté nord (d'autres pieds, côté sud-est, pourtant protégés du soleil direct, n'ont pas survécu). Cette plante est en effet une sub-montagnarde. On la trouve en sol calcaire, sur les plateaux de l'Arrière Côte et dans la Montagne dijonnaise, au fond de vallons boisés dont le climat plus rigoureux lui est favorable; elle pousse également au nord de Dijon, jusqu'à la Vallée de l'Ignon. Certains printemps précoces, trop secs et doux, l'on peut observer ses feuilles jaunissantes et flétries.
Il peut se montrer abondant après une coupe forestière, mais il ne doit pas être cueilli, car il reste rare à l'échelle de la région. Les bulbes de notre jardin ont été ramassés dans une combe au nord de Flavignerot, lieu "revorché" par les sangliers, qui raffolent en effet des bulbes et peuvent ainsi éliminer des stations entières.

Lis_martagon

                                          Divers stades de la floraison

Plante pouvant atteindre 1,50 m; tige rougeâtre non ramifiée, ronde et légèrement pubescente; feuilles inférieures verticillées, aux nervures parallèles, atténuées en courts pétioles; feuilles supérieures opposées ou seules.
Grappe de grandes fleurs, au long pédoncule fléchi, munies de bractées à leur base; six tépales rose violacé retroussés vers le haut, d'où l'appellation de lis à turban; six étamines également très longues, à grosses anthères orangées; stigmate à 3 lobes. Si la fleur peut rivaliser par sa beauté avec celle du lis blanc, il n'en est pas de même pour l'odeur: autant celui-ci dégage un parfum suave et pénétrant, autant la fleur du martagon, pollinisée par les insectes, exhale une odeur désagréable surtout à la fin du jour.

Lis_a_turban         Martagon_verticilles

Epais tépales retroussés de ce "Lis à turban"             Feuilles inférieures verticillées


Outre le cueilleur et les sangliers, la plante est exposée à d'autres ennemis : dans les zones riches en gibier, les bourgeons des fleurs sont souvent broutés par le chevreuil; plus insidieusement, la plante  peut être attaquée par un petit coléoptère rouge, le cryocère du lis, qui mange les feuilles.

Cryoc_re_extr

Le cryocère sur une bractée dont l'extrémité a déjà été grignotée. L'on peut observer également le bouton pelucheux, et au-dessous, l'amas noirâtre révélant la présence de sa larve cachée dans ses excréments.

Autre lis présentant  une inflorescence très proche, le Lis des Pyrénées, Lilium pyrenaïcum, dont les fleurs sont vert jaune à points noirs : espèce rare, de moindre développement, on ne le rencontre que dans ce massif montagneux.   

Le lis, plante prédictive : selon le CFA de Beaune, la floraison des lis est un meilleur indicateur que celle de la vigne, pour fixer la date des vendanges  100 jours plus tard.                     M.M.

Voir aussi : le Sabot de Vénus