Des villages "sous le signe de l'eau"

Le paysage reste marqué par la présence de l'eau sous-jacente qui ne stagne plus dans ce vaste marais de la Tille d'Orgeux, qui inondait chaque hiver ce village. Plans d'eau des gravières, ruisseaux aux eaux limpides, fossés de drainage, bassins de rétention de l'Autoroute, rappellent ce passé évoqué dans la "Description du Duché de Bourgogne".

On y lit que la Norges se jette dans la Tille après un parcours de deux lieues (moins de 10 kilomètres) . En fait, elle se jetait dans un immense marais, au sud de Spoy : le Marais des Tilles, sillonné par une quinzaine de cours d'eau plus ou moins sinueux et irréguliers (les Tilles).

Ceux-ci étaient particulièrement violents au moment des crues et la traversée du marais extrêmement dangereuse : les habitants qui se rendaient à Dijon le faisaient au péril de leur vie. Il fallait passer en bateau, ce qui coûtait cher, ou faire de grands détours pour trouver les gués. Aussi, chaque année, comme le précise un rapport daté de 1612, a-t-on à regretter la mort de plusieurs personnes qui, " pour éviter la dépense veulent prendre les esgarés " (lieux isolés où l'on n'est pas en sécurité). Ce marais fut asséché en 1732 par l'ingénieur Guillaume Saunac qui mit en place un réseau de drainage permettant une évacuation rapide des eaux, même en période de crues.

Dans ce paysage, les saules et osiers abondent; au sud de la ferme de la Chaume, dans le Bois Bas, les narcisses foisonnent (mais n'abusez pas de la cueillette, le bois étant privé ...)

Saint Julien

A  proximité du Pont Neuf, le lavoir sur la Norges, dont la hauteur d'eau peut être régulée grâce aux cinq mécanismes du barrage. Au niveau du pont de la route qui mène à Brognon, on peut découvrir, à droite, son confluent avec la Flacière. Même en période d'étiage sévère, ce petit affluent alimente toujours la Norges.

Brognon

L'église (18e), remarquable par l'alignement en façade de 4 piliers ornementaux.

Les gravières

On exploite, depuis plus d'une quarantaine d'années, les sables et graviers déposés aux temps géologiques. Ceux-ci ont notamment servi à la construction des grands ensembles urbains des Grésilles et de Chenôve. Les bassins abandonnés dont les rives ont été plantées d'arbres, offrent un cadre agréable pour la pêche et la détente.

Le lavoir

Adossé à un mur, le lavoir a des dimensions impressionnantes pour un petit village (160 habitants au milieu du XIX° siècle). Une douzaine de lavandières pouvaient œuvrer fort à leur aise. La source qui les alimente appartenait au propriétaire du château. Celui-ci, voulant clore son parc, abandonna le tiers de ses droits sur la fontaine en échange de la suppression d'un chemin. Le partage de l'eau se fit alors de façon ingénieuse : l'eau passait d'abord à travers une pierre percée de deux trous, celui destiné aux habitants étant le double de l'autre.

Le Château (18e)

Toit à la Mansart (1). Façade sobre agrémentée de très nombreuses fenêtres, conférant beaucoup d'élégance à ce château. Vaste parc d'arbres séculaires. Son actuel propriétaire s'appelle Du Parc (cela ne s'invente pas!)

Note : Le toit à la Mansart : Jules Hardouin-Mansart, le grand architecte du Roi Soleil (2e moitié du 17e) en fut le créateur. Une rupture de pente caractérise ce type de toiture : la partie inférieure ou brisis, proche de la verticale, permet l'aménagement de chambres mansardées.

A l'Est de Brognon, traversée du "Pâquier des Vernes" : proche des gravières, il désigne un lieu très humide (Le mot Pasquier/Pâquier vient du latin pascua, "pâturage et Ver(g)ne, mot gaulois, est un arbre également connu sous le nom d'au(l)ne. Il pousse dans les sols marécageux et au bord des cours d'eau)

Au nord du Bois Bas, Ferme de la Chaume (16e s.) : cette demeure mi-seigneuriale, mi-paysane, dont les murailles du 16e se reflètent dans l'eau des douves qui l'encerclent, est le type de la Maion Forte de plaine.

Flacey

Apparenté au picard flache , le mot désigne un "lieu plein d'eau et de boue" (de même sens, le latin flaccus a donné "flaque" et "flasque"). Il n'est donc pas étonnant qu'une Cressonnière soit installée à cet endroit, autour d'une source, au creux du vallon argileux.

La température idéale de croissance du cresson se situe entre 8 et 13°C. Or, l'eau de la source sort à une température quasi constante de 9,8°, avant de  rejoindre la rivière la Flacière. En 1962, une campagne d'affolement menée par un magazine à grand tirage, accusait le cresson de transmettre la Douve du foie. Or, autant cette maladie peut être transmissible par le cresson sauvage, récolté au bord d'un plan d'eau, ou dans le lit d'un ruisseau aux eaux réchauffées à 20°, autant la larve qui transmet cette maladie ne peut naître dans un cressonnière dont l'eau s'écoule en quelques minutes en gardant sa température de 10° été comme hiver. Il reste que cette campagne éhontée fit chuter les ventes de 50%, faisant également disparaître la moitié des producteurs.

                                                                                               M.M.

Galerie : le parcours en photos (touche F11 pour pleine page)