Cl_mentine

Le fruit de l'Arbre ...

Arbre_du_fruit

et l'Arbre du fruit ...

La pomme, à l'origine, désigne tout fruit charnu, qu'il soit à noyau ou à pépins, et l'on peut penser que le fruit interdit "agréable à la vue" du Jardin d'Eden, était sans doute une orange (Chez les latins, la pomme était désignée par le mot malum, et le verger par le mot pomarium). En ancien français, l'orange s'appelait "pomme d'orange". La tradition nous rapporte que Moïse, inspiré par les révélations de Dieu, serait l'auteur de la Genèse. Pourtant, le texte relatif au Jardin d'Eden, reprend celui d'un poème sumérien. Le plus répréhensible n'est pas l'emprunt, très courant en ces temps de traditions orales où les textes se transmettaient de génération en génération : l'inadmissible, c'est d'avoir sacralisé un écrit dont le contenu a été dénaturé afin de culpabiliser l'humanité pour mieux assurer le contrôle des foules par les prêtres, par la nécessité du rachat et du salut de l'âme. Manger impunément le fruit de l'arbre de la connaissance aurait assuré à l'homme une promotion insupportable en révélant explicitement sa part divine, le rendant mature et surtout maître de son destin. Il devenait autonome et non plus inféodé. Un récit que l'on prend au pied de la lettre (1), y compris l'anecdote de la côte d'Adam qui n'est, dans le texte d'emprunt, qu'un jeu de mots. Pour rendre plus crédible ce fait de prime abord, ridicule, les théologiens se sont échauffé la cervelle, et ont fini par trouver une explication. L'on a encore joué sur les mots, en voulant faire croire qu'il s'agissait de "côté" : être à côté de quelqu'un, lui tenir compagnie, assurant par ce biais, la promotion du premier des couples, hélas fondé sur la subordination de la femme. Notons du reste qu'il n'est plus question d'Adam et Ève, ailleurs dans le texte de la Bible! Et pour une faute qui nous apparaît somme toute vénielle, c'est la condamnation à perpétuité. L'on croit toujours entendre Yahvé exerçant son pouvoir tyrannique et sans merci, insatiable de sacrifices, car dit-il "je suis le seigneur votre Dieu, le Dieu fort et jaloux, qui venge l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération" (le péché marque la descendance, au même titre que l'imprégnation alcoolique!). Certes, dans le texte d'origine, Enki éprouve du regret et souffre, mais l'on y montre avant tout qu'une seule chose : le pouvoir rédempteur de l'amour. Nul trace de misogynie, bien au contraire; nulle tentation si ce n'est celle, toute naturelle, qu'Enki éprouve pour les femmes. C'est la sexualité exubérante, joyeuse et créatrice, à l'œuvre dans l'Univers, la curiosité vitale où les expériences ne sont pas fautives.

L'on peut rapprocher aussi le Jardin d'Eden de celui de la mythologie grecque : le Jardin des Hespérides qui présente de nombreuses analogies. Celui-ci est également un verger rempli de fruits de toutes espèces, mais surtout de "pommes d'or". Un dragon à cent têtes, fils de Gaïa (La Terre) en assure la garde. Héraclès le tue, rapporte ces pommes d'or, accomplissant ainsi le 12e de ses travaux. Ce fruit est l'orange, symboliquement tentant, rond, jaune orangé, comme le disque solaire au jour levant. La sagesse populaire ne fait-elle pas inconsciemment allusion à cette précieuse pomme d'or par l'expression "ma moitié d'orange" lorsque l'on a rencontré l'âme sœur? La tentation est ici celle de l'effraction dans une propriété pour y commettre un vol : notre demi-dieu n'est pourtant pas puni pour ce méfait! Autre similitude : Héra, reine grecque des Dieux, qui s'avère plus que la tentatrice, car elle est l'instigatrice de ce vol commandité. Notre super héros est directement manipulé, là encore par une femme, mais à la décharge de celle du Jardin d'Eden, Ève, mère de l'humanité, ne désobéit pas de sa pleine initiative, mais sous l'influence pernicieuse du serpent (la Création n'est-elle pas piégée par les êtres que Dieu a lui-même engendrés?). Comment ne pas pardonner à Ève, toute naïve, car elle vient de naître (du latin nativus, "natif").                                                                                                                                                   

Heureusement, Dieu, s'il existe, n'est pas celui de la Genèse ou du Lévitique (2).

                                            M.M.

(1) Pendant des siècles, au Moyen-Âge, on a cherché le plus sérieusement du monde, l'emplacement de ce Paradis Terrestre... Une certitude en tout cas : le 1er camp naturiste de l'histoire devait se trouver dans un pays au climat chaud favorable à la culture des agrumes!

(2) L'humaniste ne peut être qu'atterré par ce code implacable, si contraignant, qu'il devient impossible de demeurer innocent. Même celui qui a fauté involontairement, est considéré comme coupable. Aussi, l'impérieuse nécessité d'être sain et pur, oblige à recourir à toute une panoplie de rituels et de sacrifices gradués à l'échelle des péchés commis . Mais le plus affligeant, c'est qu'aujourdhui encore certaines communautés religieuses s'en inspirent (j'ai lu avec soulagement, que ma coiffure était relativement conforme à la prescription, car il ne faut point raser les coins de sa barbe, 19. 27 )