Le croquis ci-dessous de la forteresse est un peu trop "flatteur" mais il a le mérite d'illustrer le texte en offrant un support appréciable à la compréhension. En fin de texte, et à défaut de source iconographique, est reproduit un plan établi à l'échelle par l'Abbé Jean Marilier, plus objectif et complémentaire, de ce site tel qu'il existait aux 14e/16e s.

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Vergy_Forteresse

La Butte, longue de 500 m environ, est formée d'un banc calcaire reposant sur des marnes. Cette configuration géologique assurait la valeur défensive du site grâce à l'abrupt de ses murailles naturelles (système de diaclases ouvertes formant de profondes fractures verticales). Ce sont les 2 vallées latérales qui font office de fossés de la forteresse, si bien que l'un des seigneurs disait à l'Ambassadeur d'Espagne que "tout le foin de la Castille ne pourrait pas les remplir". La forteresse, datée du début du 11e s., jugée très sûre et inexpugnable, était judicieusement conçue, tirant le meilleur parti de ce site. La tradition lui attribuant quatorze tours est sans doute inexacte : hormis le donjon, la tour du Couard et celle de l'entrée nord, aucune n'est mentionnée dans les archives. A vrai dire, si l'on considère la dizaine d'échiffres dont étaient pourvues les murailles dans la 2ème moitié du 14e s., l'on peut considérer néanmoins que le compte est bon, sachant que les échiffres étaient de petites fortifications en bois, en forme de tour, que l'on ajustait sur les murailles.... Un chemin de ronde en bois, avec créneaux, s'élevant à environ 5/6m au dessus de la roche, ceinturait le site, assurant  sa surveillance et sa protection. L'emprise de la place forte formait un ensemble en 2 parties :

1. Au sud, le Couard (1) n'en était pas le cœur, mais la partie la plus exposée, là où le plateau est le moins abrupt, d'où la séparation d'avec la partie nord. Pour y accéder, il fallait d'abord s'engager dans un couloir rocheux (dénommé "salle d'armes", appellation fantaisiste), formation en partie naturelle. Celui-ci aboutissait à un fossé transversal creusé à même la roche et appelé "le Redan". Un pont dormant précédant un pont-levis le franchissait. La porte d'entrée du Couard était percée dans une épaisse muraille qui joignait la tour dominant ce redan. L'on peut supposer qu'en cas d'attaque, l'assaillant, obligé de progresser dans cet étroit passage devait subir le tir en enfilade des défenseurs de la tour. Entré dans le Couard, l'ennemi n'était pourtant pas sur le point de pénétrer au cœur du dispositif. En effet, à l'intérieur de celui-ci, l'on a trouvé aucune trace de construction :  cette zone découverte,  en dehors de la forteresse proprement dite jouait un rôle essentiellement défensif, car l'assaillant était alors soumis au tir des défenseurs postés sur  le chemin de ronde ceinturant les remparts (Dès le 15e s., le Couard ne présentait sans doute plus qu'un intérêt secondaire : il servait, en cas d'imminent péril, de refuge à la population refluant du Val pour s'y mettre à l'abri des gens de guerre).

2. Au nord, se situait la partie vive de la forteresse : le château du Duc et sa chapelle, le logis du Capitaine, les habitations des civils et militaires à son service, des dépendances (écurie, pigeonnier, moulin, cellier, grenier à grains). La Collégiale Saint Denis (et ses seize chanoines), comprenait une église d'une trentaine de mètres, un petit cloître accolé au côté sud de l'église, et plusieurs maisons canoniales. Pour respecter l'orientation du chœur vers l'Est, elle dût être prolongée perpendiculairement à la Butte. L'étroitesse de celle-ci (40m environ) obligea à construire le chœur sur un prolongement formé par une tour pleine, la seule qui subsiste aujourd'hui : la Tour Saint Denis. Le dispositif de défense de l'éperon était particulièrement élaboré : c'était l'entrée principale de la forteresse, à laquelle on accédait par paliers sur un chemin sinueux. Un 1er fossé avec palissade menait à une plateforme. De celle-ci, on se heurtait à une 1ère enceinte protégée par un ravelin (Cet ouvrage de défense saillant, extérieur à la forteresse, permettait de contrôler l'entrée de la place). L'enceinte franchie, l'on débouchait sur une 2ème plateforme limitée par les remparts du château.

La faiblesse de la forteresse venait de ses ressources en eau. C'est pourquoi l'on avait creusé 2 puits dont l'un proche de l'église collégiale, et l'autre proche de " l'hostel du Duc". Leurs dimensions, assez impressionnantes, étaient d'environ 80 m de profondeur pour une largeur de 2,5 m, permettant d'atteindre la couche imperméable sous-jacente de marne. Une petite source, aujourd'hui disparue, se trouvait d'autre part à l'intérieur du Couard. L'on rapporte que le siège entrepris sans succès par Hugues III dura 18 mois!       M.M.            

(1) L'on relève d'abord dans les textes, la graphie Couhard. Mot affilié au latin cohors, -ortis, composé de hortus, "jardin enclos" (attenant à la propriété, à la ferme; cf "courtil") . Le Couard se présente en effet comme un espace dégagé entouré d'une enceinte et attenant à la place forte. A rapprocher également de la basse-cour, par opposition à la haute-cour.       

Plan d'ensemble du site  (cliquer pour agrandir

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Partie sud (1)

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Sortie du chemin vers St Vivant (17) ; "Salle d'armes" (16) ;  Redan et pont-levis (15) ;  Tour du Couard (14)

Partie médiane (2)

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Descente au parc de Faye : "Pont du Mitan" ? (18) ; Le "Petit Couard "(13) ; Ancienne église St Denis (12) ; Nouvelle église St Denis (11) ; Maisons du Doyen et des enfants d'aube (10) ; Puits St Denis (9) ; Maisons des chanoines (8)

Partie nord (3)

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Grosse tour (donjon?) (7) ; Grand Puits (6) ; Hôtel du Duc (5) ; Porte d'en bas et Pont-levis (1) ; Ravelin du Bailly (2) ; Deuxième porte (3) ; Porte principale (4)